by Florian Zellweger

One year around the world 

One year later.

2017-04-14_DSF8483-by-Florian-Zellweger.jpg
 
 

Tout à commencé quand…

Décembre 2016 - Sur mon bureau, une lettre de confirmation: je serai en congé à partir du 1er mars pour une année. Une année. Une année sans contraintes. Une année consacrée à parcourir le monde, à explorer et m'explorer. Première étape de ce périple: Buenos Aires… 

 
 

Mars

 
2017-04-02_DSF7464-by-Florian-Zellweger.jpg
 
 

MARS '17

19

Cementerio de la Recoleta / Buenos Aires, Argentine.
©2017 Florian Zellweger

 

Buenos Aires.

Buenos Aires. Commencer à découvrir ce pays si différent, qui pourtant me laisse un air de déjà vu. Buenos Aires, avec son petit air d’européenne. Sa vie trépidante, ses avenues immenses, ses espaces verts qui rencontrent la pierre. Son soleil de midi, et ses lumières qui s’allument à la nuit tombée, incandescences jaunâtres et faibles si typiques du sud. Son agitation, son organisation si désordonnée, échevelée, comme un groupe d’adolescents. À l’image de Rio, une ville où je me sens à ma place. Peut-être pas indéfiniment cette fois-ci, trop anguleuse, trop agressive. Trop intense. Elle a ce charme européen, mais il lui manque la rondeur de l‘Afrique.

Buenos Aires. Son rythme effréné. La ville qui ne dort jamais. Le contraste est marquant, direct. Pas le temps de s’acclimater, la cadence est déjà soutenue. Chaque soir les rencontres s’enchainent, l’Argentine ne me laisse déjà aucune chance. La bière coule à flots, le budget explose, et les heures de sommeil font cruellement défaut. Les réveils se font toujours plus tardifs, et les nuits de plus en plus longues. Aucune lutte possible, on suit l’horaire de cette ville où l’on mange jusqu’à 16h, guère avant 22h, et où il serait incongru de sortir avant 4h du matin! Cette ville où les clubs se remplissent alors que le soleil se lève.

 
 

MARS '17

24

24 de marzo / Buenos Aires, Argentine.
©2017 Florian Zellweger

24 de marzo / Buenos Aires, Argentine.
©2017 Florian Zellweger

 

Buenos Aires. Cette ville fière, de cette fierté d’Amérique du Sud. Comme les femmes, dignes, belles, farouches et effrontées. Passionnées. Elles vous fixent droit dans les yeux, soutiennent vos regards, vous regardent de bas en haut; soudainement se sentir femme. Elles en attendent beaucoup de vous. Comme la ville. À enfin voir le tango prendre tout son sens, expliquer par lui-même mieux que n’importe quels mots la passion des Argentins. Le voilà cet esprit argentin. Une sensualité virile, une fierté trop forcée, l’envie d’être ensemble dans la tension. Pas de place à la sérénité, à la neutralité: place aux extrêmes. Amour, politique, qu’importe, à l’image de ce football qui cristallise les passions, on choisira son camp. Cette ville où tous les deux jours, au rythme des protestations, manifestants, barbecues, et vendeurs de toutes sortes -chaussettes, chocolats, journaux- emplissent les rues. Cette ville où neutralité et nuances n’existent pas. Ces accès d’émotions, où la patience est un défaut, où l’on agit, impulsif, qu’importe la direction, pour peu qu’il y ait le mouvement. Où l’on discute pour ne rien dire, ou l’on écoute réellement que lorsque l’on interrompt. Cette ville où les bus font la compétition, et où les piétons n’ont qu’à bien se tenir. Cette ville magnifique que pourtant si peu d’Argentins apprécient.

Et l’intelligence des Argentins, leur culture, leur franc-parler, qui contraste avec leurs comportements parfois si infantiles. À l’image de ces adolescents, si immatures, et qui pourtant font preuve d’un regard si perçant et incisif qui glace toutes les façades où nous avons laissé l’embourgeoisement et le confort prendre le pas sur nos convictions.

Alors marcher, beaucoup. De ces étendues que l’on peine à appréhender, qui nous font défaut, qui nous dépassent. Alors, un 24 mars, se noyer, au milieu de plus de 500’000 Argentins exaltés emplissant les rues, rythmées aux cris des «Nunca más!» (Jamais plus!). Alors, voir ces femmes, ces mères et ces grand-mères, 40 ans plus tard, qui recherchent toujours leurs enfants disparus. Buenos Aires. Une entrée en matière qui ne me laissera pas intact. Une ville qui me laissera, sans pouvoir vraiment l’expliquer, une envie de revenir…

 
 

Avril

2017-04-16_DSF9227-by-Florian-Zellweger.jpg
 
 

AVRIL '17

22

RN 40 / Patagonie, Argentine.
©2017 Florian Zellweger

 

Le bus. À nouveau. Les kilomètres de bitume s’écoulent sous les pneus, sur cette route définitivement droite. Tout semble immobile. Pas un bruit dans le bus, ce ciel immensément grand, et ce paysage immuable. On repère les voyageurs expérimentés: ils bougent peu, leurs gestes sont précis, ils sont organisés. Alors que tout le monde redoute ces longues heures de voyages, je les attends avec impatience. Enfin l’occasion d’écrire, de digérer ces moments intenses. 

Se sentir chaque jour émerveillé, reconnaissant. Se sentir comblé, heureux et serein. À sa place dans l’histoire de l’univers. Toucher les étoiles. Je ne pensais pas ainsi; ni aussi rapidement. Je vais essayer de les garder près de moi, le plus longtemps possible! 

Cette route décidément dédiée aux grandes étendues; ces montagnes sauvages, ce vent omniprésent que l’on retrouve à tout moment, comme un compagnon de voyage, qui vous accompagne par intermittence. Ces glaciers, immenses et majestueux. Cette nature brute. La «RN 40».

La Ruta Nacional 40 en espagnol. Cette route qui traverse l’Argentine du nord au sud, depuis la frontière bolivienne jusqu'à l'extrême sud de la Patagonie. La route la plus longue du pays, s’étendant sur plus de 5’000 kilomètres. Une route mythique qui court parallèlement à la cordillère des Andes, reliant 27 cols andins, partie du bout du monde, au niveau de la mer, et culminant à 4 895 mètres une fois au nord.

Plus de 12h que l’on roule. 

Dans ce bus qui roule sans s’arrêter. Derrière les vitres embuées. Le même paysage sans fin, immuable. Ces étendues désolées, parcourues par le vent, tapissées de buissons rustiques. Et ce ciel immense, si proche et infini à la fois. 

La musique dans les oreilles, isolé dans un monde de pensée, regarder les autres, chacun passer le temps à sa manière. Des couples qui dorment, enlacés les uns sur les autres; ceux qui regardent le paysage sans le voir, à travers des vitres où perle notre respiration, coulant le long des vitres. Voir ces corps essayant de bouger; un étirement, un bref changement de position. Ces bras argentins, tatoués. Une tête qui se tourne. Une cinquantaine de personnes, et pourtant pas une parole. Fatigué par la nuit sur la route, et la perspective de celle encore à venir, chacun s’économise. 

On attend, simplement. Un bref regard par la fenêtre montre un paysage inchangé. On regardera à nouveau dans une heure ou deux, au prochain réveil, au prochain sursaut de conscience. On regardera aussi sa montre, pour laisser le bras retomber en éprouvant une courte déception. Le temps ne passe pas. Des gestes alors échangés, simples et directs, de cette solidarité qui se passe de commentaire: un biscuit offert, un chocolat, sans bruit, ou accompagné d’un simple «gracias.». 

Il m’aura fallu un mois pour arriver à trouver l’espace pour écrire. Pour me retrouver d’abord, pour se laisser à nouveau toucher par le monde. Et pour trouver un peu de cette solitude nécessaire aussi. Alors qu’en Europe il faut lutter pour rencontrer du monde, ici c’est l’inverse. Être seul devient un luxe. La vie est trop intense, trop partagée. Ici la solitude n’a pas de place, ou seule celle qui lui appartient vraiment: la solitude réelle, celle de l’homme loin de tout. 

Et là, soudain, au milieu du désert, au détour d’un virage, comme un mirage voir apparaître une ville. Quelques pâtés de maisons, pas grand-chose, mais déjà un peu de civilisation. On va pouvoir se dégourdir les jambes, avec un peu de chance même s’offrir un café. Mais l’arrêt ne compte que le temps refaire le plein d’essence, et d’embarquer un ou l’autre passager. Et déjà la ville de disparaître, retrouver les plaines étendues et sauvages, entrecoupées par quelques lamas et troupeaux de moutons; la Patagonie. 

To be continued…