Argentine / Buenos Aires

 
 

Cementerio de la Recoleta / Buenos Aires, Argentine.
©2017 Florian Zellweger

 
 
 

Buenos Aires.

19 Mars 2017.

Buenos Aires. Commencer à découvrir ce pays si différent, qui pourtant me laisse un air de déjà vu. Buenos Aires, avec son petit air d’européenne. Sa vie trépidante, ses avenues immenses, ses espaces verts qui rencontrent la pierre. Son soleil de midi, et ses lumières qui s’allument à la nuit tombée, incandescences jaunâtres et faibles si typiques du sud. Son agitation, son organisation si désordonnée, échevelée, comme un groupe d’adolescents. À l’image de Rio, une ville où je me sens à ma place. Peut-être pas indéfiniment cette fois-ci, trop anguleuse, trop agressive. Trop intense. Elle a ce charme européen, mais il lui manque la rondeur de l‘Afrique.

Buenos Aires. Son rythme effréné. La ville qui ne dort jamais. Le contraste est marquant, direct. Pas le temps de s’acclimater, la cadence est déjà soutenue. Chaque soir les rencontres s’enchainent, l’Argentine ne me laisse déjà aucune chance. La bière coule à flots, le budget explose, et les heures de sommeil font cruellement défaut. Les réveils se font toujours plus tardifs, et les nuits de plus en plus longues. Aucune lutte possible, on suit l’horaire de cette ville où l’on mange jusqu’à 16h, guère avant 22h, et où il serait incongru de sortir avant 4h du matin! Cette ville où les clubs se remplissent alors que le soleil se lève.

 
 
 

24 de marzo / Buenos Aires, Argentine.
©2017 Florian Zellweger

 

24 de marzo / Buenos Aires, Argentine.
©2017 Florian Zellweger

 
 
 

24 Mars 2017.

Buenos Aires. Cette ville fière, de cette fierté d’Amérique du Sud. Comme les femmes, dignes, belles, farouches et effrontées. Passionnées. Elles vous fixent droit dans les yeux, soutiennent vos regards, vous regardent de bas en haut; soudainement se sentir femme. Elles en attendent beaucoup de vous. Comme la ville. À enfin voir le tango prendre tout son sens, expliquer par lui-même mieux que n’importe quels mots la passion des Argentins. Le voilà cet esprit argentin. Une sensualité virile, une fierté trop forcée, l’envie d’être ensemble dans la tension. Pas de place à la sérénité, à la neutralité: place aux extrêmes. Amour, politique, qu’importe, à l’image de ce football qui cristallise les passions, on choisira son camp. Cette ville où tous les deux jours, au rythme des protestations, manifestants, barbecues, et vendeurs de toutes sortes -chaussettes, chocolats, journaux- emplissent les rues. Cette ville où neutralité et nuances n’existent pas. Ces accès d’émotions, où la patience est un défaut, où l’on agit, impulsif, qu’importe la direction, pour peu qu’il y ait le mouvement. Où l’on discute pour ne rien dire, ou l’on écoute réellement que lorsque l’on interrompt. Cette ville où les bus font la compétition, et où les piétons n’ont qu’à bien se tenir. Cette ville magnifique que pourtant si peu d’Argentins apprécient.

Et l’intelligence des Argentins, leur culture, leur franc-parler, qui contraste avec leurs comportements parfois si infantiles. À l’image de ces adolescents, si immatures, et qui pourtant font preuve d’un regard si perçant et incisif qui glace toutes les façades où nous avons laissé l’embourgeoisement et le confort prendre le pas sur nos convictions.

Alors marcher, beaucoup. De ces étendues que l’on peine à appréhender, qui nous font défaut, qui nous dépassent. Alors, un 24 mars, se noyer, au milieu de plus de 500’000 Argentins exaltés emplissant les rues, rythmées aux cris des «Nunca más!» (Jamais plus!). Alors, voir ces femmes, ces mères et ces grand-mères, 40 ans plus tard, qui recherchent toujours leurs enfants disparus. Buenos Aires. Une entrée en matière qui ne me laissera pas intact. Une ville qui me laissera, sans pouvoir vraiment l’expliquer, une envie de revenir…